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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 22:39

 

 

Le 13 juillet 2003 décédait un homme dont les travaux en nutrition sont parmi les plus surprenants et les plus controversés de ces dernières décennies. Un homme qui pensait que s’alimenter n’était pas anodin, et que « l’alimentation  doit prendre une grande place dans la Médecine de demain ». Il soutenait que l’alimentation pouvait être cause, ou du moins cofacteur, d’un grand nombre de maladies contemporaines. Et conséquemment, que s’alimenter différemment pouvait changer la vie de bien des malades. Ses découvertes lui ont valu l’admiration de quelques-uns de ses pairs, la reconnaissance de quelques milliers de patients, mais aussi le mépris de la classe scientifique dans son ensemble.

Avant de s’intéresser à la nutrition, Seignalet était un scientifique « normal », très apprécié de ses pairs. Il était immunologue, et a travaillé notamment sur des questions de compatibilité de donneurs d’organes. Il multipliait les publications dans des revues à comité de lecture (considérées comme les plus sérieuses des revues scientifiques) et était unanimement considéré comme l’un des chercheurs les plus prometteurs de son époque.

Dans les années 80, Seignalet, en rémission d’une grave maladie, (syndrome depressif), se prend de passion pour la nutrition. Il a l’intuition que santé et nutrition sont beaucoup plus liées directement qu’on ne le pense généralement. Son passé d’immunologue le conduit alors à relier les maladies auto-immunes, telles que la polyarthrite rhumatoïde, à l’alimentation. Il élabore alors une théorie impliquant certains aliments dans le déclenchement de certaines maladies auto-immunes, mais aussi d’une kyrielle d’autres maladies dites « de civilisation ».

Pour lui, c’est le passage anormal à travers l’intestin de certaines molécules alimentaires indésirables qui est la cause, ou plutôt le cofacteur, d’un grand nombre de ces maladies dites « de civilisation ».

Un cofacteur, en médecine, c’est un élément qui ne cause pas à lui seul une maladie, mais qui peut en revanche, s’il est additionné à d’autres facteurs, peut déclencher cette maladie. Par exemple, pour déclencher une polyarthrite rhumatoïde, il faut être prédisposé génétiquement à la polyarthrite, c’est-à-dire être victime de l’anomalie génétique spécifique  (« le terrain HLA »)  qui permet à la maladie de se déclencher. Mais cette prédisposition génétique ne peut à elle seule causer une polyarthrite. Il faut qu’un autre facteur soit présent, un facteur environnemental, par exemple. Et l’environnement, au sens large, comprend l’alimentation.

Seignalet se dit donc que l’alimentation peut souvent être ce cofacteur déclencheur de nombreuses maladies. Il entreprend alors un gigantesque travail de recherche, qui le mène vers des disciplines en apparence aussi éloignées de la médecine que l’ethnologie et la paléontologie.

Seignalet rassemble un certain nombre de constatations : il existe des sociétés qui ne connaissent aucune des maladies de civilisation ; l’alimentation humaine a radicalement changé avec l’apparition de l’agriculture ; certains types de maladies sont apparus (ou leur fréquence a explosé) au néolithique ; ces maladies disparaissent chez les patients qui excluent certains aliments de leur alimentation.

Il suppose que certaines molécules présentes dans l’alimentation moderne peuvent être la cause de ces maladies, [quel imbécile oserait  écrire le contraire ?] quand elles parviennent à traverser la barrière intestinale (fragilisée pour diverses raisons, dont la mauvaise qualité générale de l’alimentation), et à passer dans l’organisme du patient. Comme ces molécules  n’ont  jamais été présentes dans notre environnement  avant le néolithique, nous  [nos enzymes]  ne sommes pas capables génétiquement  de les gérer  [cataboliser]  parfaitement.

Seignalet  conseille alors  à ses patients d’adopter une alimentation de type ancestral, c’est-à-dire inspirée de l’alimentation des chasseurs-cueilleurs du paléolithique. Ce  qui  revient  à peu près  à supprimer un certain nombre d’aliments « modernes » : les céréales mutées (à peu près toutes les céréales habituellement consommées, sauf le riz qui, lui,est resté "sauvage") ; les produits laitiers ; les aliments, notamment les protéines, cuits à haute température : plus de 110°. [Le "cueilleur-chasseurs" ne faisait pas cuire ses aliments].

Parallèlement,  pour renforcer  l’organisme et rétablir certains équilibres (microbiote-système immunitaire), il conseille la prise de probiotiques (pour rétablir une flore intestinale saine), de suppléments, la consommation d’aliments « bio » et d’huiles végétales de qualité, (non chauffées) notamment huile d’olive, de noix, et de colza. [Huiles insaturées].

Très vite, il apparaît que les résultats dépassent toutes les espérances. Seignalet revendique des résultats surprenants dans la cure de maladies aussi nombreuses que diverses. Près d’une centaine d’affections au total, dont certaines sont réputées incurables. Des patients viennent le consulter de toute la France. [Certains ne lui pardonneront pas.]

Seignalet consigne scrupuleusement ses résultats, et tente alors de les publier dans les revues qui jusque-là accueillaient ses travaux à bras ouverts. Et se heurte à des refus systématiques : ses nouveaux travaux ne sont pas considérés dignes d’être publiés par ses pairs. Il leur est notamment reproché de ne pas être conduits en « double-aveugle ».

L’étude en double-aveugle est le nec plus ultra en médecine quand il s’agit de tester un nombre restreint de molécules. Double-aveugle (double-insu est un meilleur terme) signifie que, pour s’assurer qu’il n’y ait aucune distorsion possible des résultats, personne, ni le patient ni le médecin, ne sait s’il prend (ou donne) une molécule active ou un placebo. Les études en double-aveugle sont très adaptées à l’évaluation de médicaments ou, en nutrition, à l’étude de l’effet de la prise de compléments alimentaires : on donne 500mg de vitamine C à 1000 personnes, un faux comprimé à 1000 autres, et au bout d’un certain temps, on mesure si le premier groupe est en meilleure santé que le second ou pas.

A partir du moment ou on peut faire rentrer le ou les produits à tester dans un comprimé, l’étude en double-aveugle est un protocole d’une redoutable efficacité. (À tel point, qu’elle semble de moins en moins utilisée  par l’industrie pharmaceutique qui préfère « torturer  les données » des tableaux statistiques des essais, pour obtenir les résultats favorables aux molécules, fabriquant ainsi des « preuves » de piètres niveaux scientifiques.) 

Lorsqu’il s’agit d’études sur un régime alimentaire complet, en revanche, l’étude en double-aveugle est parfaitement inadaptée : comment faire pour que personne ne sache ce que le patient mange ? Que peut être un placebo de repas ? On utilise alors des études épidémiologiques, qui consistent à comparer deux groupes de personnes ayant des habitudes alimentaires différentes, et à voir si de grandes tendances se dégagent. Par exemple, en comparant des populations fortement consommatrices de lait de vache comme les scandinaves et en les comparant à des populations ne consommant quasiment jamais de lait, par exemple en Asie, on a pu constater que le lait et les produits laitiers ne réduisent en rien les risques d’ostéoporose. Ou encore que le régime crétois réduit significativement le risque de maladies cardiovasculaire. (Cf. travaux de Michel de  Lorgeril.)

L’inconvénient de ce deuxième type d’étude est qu’il est beaucoup moins précis que le premier, puisqu’il porte sur une multitude de facteurs (pas seulement une molécule), et qu’il nécessite donc, pour une certaine fiabilité, d’être mené sur une durée très longue et sur un nombre très important de personnes. L’industrie agroalimentaire et l’industrie pharmaceutique n’ont aucun intérêt à mener des études épidémiologiques mettant en cause l’alimentation moderne. Seuls les États, s’ils étaient mieux conseillés et conscient des enjeux, pourraient les mettre en œuvre.

 Pour revenir à Seignalet, il est évident que l’évaluation de son régime ne pouvait pas se faire en double-aveugle. D’autant plus que l’un des intérêts majeurs de sa méthode est d’impliquer fortement le patient dans sa guérison : on lui explique les principes de l’alimentation, les raisons de sa maladie, le mécanisme de la guérison, afin de le responsabiliser autant que possible, et ce sera à lui de faire en sorte d’appliquer le « traitement », de prendre le risque de s’en écarter, ou au contraire de le suivre fidèlement : l’étude en double-aveugle est donc particulièrement inadaptée dans ce cas. Ce qui n’empêchera pas ses détracteurs d’accuser Seignalet de charlatanisme parce qu’il n’a pas conduit d’étude en double-aveugle.

Restait la possibilité d’une étude épidémiologique : conseiller l’alimentation ancestrale à des milliers de patients, voire des dizaines de milliers, pour chacune des maladies pour lesquelles il est supposé fonctionner, pendant plusieurs années, ou dizaines d’années. Le problème, c’est qu’il faut pour cela des moyens importants, que n’avait pas Seignalet. Seuls 2500 malades, couvrant une centaine de maladies différentes, avaient pu être soignés, avec des taux de réussite excellents, de 80 à 100% en général, mais aussi, pour certaines maladies, des échecs francs.

À l’inverse des charlatans, Seignalet n’a jamais prétendu avoir trouvé la panacée.

Ceci se révéla très insuffisant pour convaincre un corps médical très suspicieux envers une méthode unique, prétendant soigner sans médicament : comment expliquer que le même régime puisse soigner tant de maladies différentes ? Et d’abord, comment l’alimentation pourrait-elle avoir le pouvoir de soigner des maladies ? (La formation des médecins en biochimie des nutriments se fait généralement au tout début de leurs études, ils l’apprennent pour réussir leurs examens, sans  en voir immédiatement l’importance fondamentale dans l’application thérapeutique dans l’alimentation humaine, pressés qu’ils sont, de savoir établir des diagnostics et de soigner… avec des médicaments.)

Dès lors, c’est un véritable roulement de critiques qui s’abattent sur Seignalet. Des critiques qui très vite, ne reposent plus sur quelques choses de scientifique : les revues qui l’accueillaient à bras ouvert en tant qu’immunologue refusent ses articles. On lui reproche donc de ne pas publier ses résultats dans des revues internationales. Il le fait alors dans un livre. On lui reproche de vouloir faire de l’argent avec un « régime miracle ».

Mais surtout, on lui reproche ses amitiés : avec le professeur Joyeux, un cancérologue éminent dont le crime majeur est d’être président d’une association catholique très conservatrice. De s’être inspiré du travail sur le « cru » de Guy-Claude Burger, dont le mouvement, l’instinctothérapie, est classé comme secte, et qui plus tard sera condamné pour viol sur mineurs. Et d’avoir témoigné en faveur de celui-ci dans une précédente affaire, où il était poursuivi pour exercice illégal de la médecine.

Et enfin, bien sûr, d’être mort à 63 ans seulement, « preuve » irréfutable selon ses détracteurs que ses travaux sont nuls et non avenus.

Il n’existe à ce jour aucune étude sérieuse démontrant la pertinence ou la dangerosité du régime Seignalet. Cela n’intéresse pas grand-monde. Pourtant, il existe de nombreuses études portant sur des points essentiels de ses recommandations, qui constituent autant d’indices favorables : remise en cause des qualités nutritionnelles du lait, études anciennes ou récentes sur les effets nocifs de certaines céréales, découverte ou redécouverte de molécules très dangereuses créées par la cuisson, (les molécules de Maillard) , découverte du rôle très favorable des oméga 3 et d’autres acides gras essentiels, etc.

De nombreux chercheurs de par le monde s’intéressent à l’alimentation et à l’extraordinaire qualité de la santé des chasseurs-cueilleurs. D’autres modes alimentaires, comme à Okinawa, l’endroit du monde où l’on compte le plus de centenaire, et surtout, de centenaires en bonne santé, commencent à être bien connus, et se révèlent très proches de l’alimentation ancestrale.

De plus, Seignalet appuyait ses travaux sur de nombreuses études. Il est parti d’une base scientifique extrêmement solide, à partir de laquelle il a échafaudé des théories dont le détail reste à vérifier, mais surtout une méthode dont rien ne permet de penser (à moins d’avoir des idées bornées ou  mercantiles) qu’elle n’ait pas l’efficacité qu’il rapporte dans ses statistiques. Une méthode défendue bec et ongles aujourd’hui par ceux qui en ont éprouvé les bienfaits, et qui en sont aujourd’hui les premiers défenseurs.

 

 

 

 

 

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Published by Docteur Poinsignon
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